Mystic river

Publié le par L'Arrosoir

Vu hier Mystic river, réalisé par Clint Eastwood. Deux histoires sordides qui s’enchevêtrent, autour de trois hommes (Dave, Sean et Jimmy). L’une, passée, sur l’enlèvement, la séquestration et l’agression sexuelle sur Dave, traumatisé par cet événement, qui a été vécue par les deux autres qui jouaient alors avec lui dans la rue lorsqu’est venue la voiture dans laquelle deux faux flics l’ont fait monter. L’autre, présente, sur le meurtre de la fille de Jimmy, sur laquelle enquête Sean, devenu inspecteur policier, et intervient Dave, qui est marié à la cousine de la femme de Jimmy.

Tandis que Jimmy interroge Dave, suspecté à cause d’une blessure à la main et parce qu’il a été l’un des derniers à voir la fille disparue, le force à un faux aveu, le tue à la fin du film, puis jette son corps dans la rivière Mystic, Sean procède à l’arrestation des véritables auteurs. Sean, venu annoncer la nouvelle à Jimmy, comprend que celui-ci s’est fait justice lui-même sur la personne de Dave. Et tandis que Jimmy annonce à sa femme son erreur, celle-ci passe outre, ne voulant retenir de lui qu’il a du cœur pour elle et toute sa famille, et que cela ne doit pas cesser. Et le film de nous laisser là, avec Sean qui fait mine, avec sa main, de flinguer Sean puis se détourne.

Ce film appelle deux réactions, une double révolte. La première, légitime, est la révolte face à l’injustice de l’acte impuni, et à la condamnation de toute tentative de se faire justice soi-même, ou d’utiliser une quelconque loi du talion en retour.

Le film adopte, pour parvenir à cette réaction, la mise en scène du « mal », du monstrueux, pour parvenir à ses fins. D’où la seconde révolte : ce genre de procédé est courant dans le cinéma, qu’il soit américain ou non d’ailleurs, il consiste à stigmatiser un point de vue pour en éclairer un autre. Ce faisant, il prend le risque, considérable à mes yeux, des effets secondaires de la fascination et du dédoublement de la personne. Faut-il nous montrer un crime pour nous « révéler » notre refus des crimes ? Faut-il prendre le risque de révéler autre chose qu'un refus ? Faut-il laisser croire qu’en chaque personne qui suit une certaine moralité se trouve une autre personne cachée, sombre, monstrueuse, que nous sommes tous des Dr Jekyll et Mr Hide ? Et que la parole compterait peu au regard des sentiments, des impressions, des regards ?

Cette forme de procédé est-elle au moins cataloguée en matière de psychologie ? C’est la question que je me pose, pour essayer de savoir si nous sommes en face d’une manière de faire qui aurait malgré tout un fond de raison …
Publicité

Publié dans Cinéma

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article