Tchernobyl, Internet, l’information et la connaissance (2)

Publié le par L'Arrosoir

Face à Internet, pour trouver une information sur Tchernobyl, le point de départ est le moteur de recherche ou l’annuaire.

Je ne vais pas me lancer dans un comparatif des différents moteurs de recherche, surtout qu’il en existe beaucoup, comme on peut le constater ici. Ce qu’on peut juste constater c’est que :

1. Aucune mesure de l’efficacité des moteurs n’est disponible. Ils ne sont utilisés que dans la mesure où on leur fait confiance, soit parce qu’ils sortent des résultats acceptables, soit parce que les autres l’utilisent massivement. Ou du rôle de la confiance sur Internet … Enfin, si vous connaissez une source d’information ou de recherche qui s’attaque à cette question, n’hésitez pas à me le signaler !

2. Il existe plusieurs types de moteurs : des moteurs généralistes, spécialistes, et des métas moteurs. Ces derniers fonctionnent en appelant plusieurs moteurs généralistes et en combinant les résultats.

3. Les moteurs classent les résultats suivant des critères qui leur sont propres. Cette classification joue un rôle de premier plan, car devant un grand nombre de résultat, seules les premières pages, voire la première sera consultée.

J’utilise couramment Google, en réalité, je devrais en utiliser plusieurs et comparer leurs résultats. Mais bon, à chaque recherche ce serait épuisant … Un méta moteur, qui délivre une combinaison de résultat, semble être un compromis acceptable, sauf qu’ils devraient décrire la technique de combinaison … ce qui n’est pas le cas !

Le fait est que ces outils sont obscurs dans leur fonctionnement, et étant donné leur criticité dans la recherche d’information, ils devraient publier un minimum de principes de classements et d’indexation. C’est malheureusement rarement le cas.

Intéressons-nous aux résultats dans les moteurs de recherche. Ils appellent plusieurs remarques.

La citation des sources est rare. Hormis cette description et celle de l’ISRN, les récits citant des publications d’expert sont inexistants, y compris sur Wikipedia (voir ici la description), pour lequel les sources ne sont pas directes, tout comme pour la SFEN .

Hors, en lisant les différents comptes-rendus de l’accident, des divergences apparaissent, sur le niveau de détail, sur la formulation des causes, plus ou moins précises, et sur d’autres données. En fait, on se rend compte à plusieurs reprises qu’on retrouve, traduit en français, des parties du texte d’un rapport de l’AIEA (que j’ai eu beaucoup de mal à trouver), et que certaines traductions se sont ainsi propagées dans les sites, voire même ont été copiées-collées. C’est de cette manière que des hypothèses de départ se transforment en raccourcis erronés, par exemple sur le scénario exact des 4 secondes qui ont débouché sur l’excursion de puissance, ou sur le niveau de puissance atteint, ou encore sur le poids de la dalle soulevée, qui va, suivant les textes, de 850 à 2000 tonnes.

De nombreuses couches sont ainsi venues se superposer à une souche de départ (peut-être pas la seule d’ailleurs …) qui elle-même comportait de nombreuses hypothèses et suppositions clairement mentionnées.

Encore heureux que la polémique sur le nombre de victimes soit restée à cet état, et qu’on trouve encore trace de scepticisme sur la publication du rapport de l’ONU sur le nombre de victimes, comme ici par exemple.

Un regard sur ces recherches permet donc de conclure quant à la nature sélective et approximative du Web relativement à l’information ou encore plus à la connaissance. Le Web agit comme un média déformant, du fait de la recopie / synthèse sans source qui s’y opère. Là où le numérique étend notre mémoire et l’accessibilité à cette mémoire, les outils de recherche y opère une sélection, qui obéit à des règles inconnues.

Aussi faut-il se poser la question de ce que signifie le terme de « publication » sur le Web, relativement à sa signification pour les autres canaux de diffusion. Le niveau de confiance et de preuve est-il assez élevé pour qualifier ce média à ce type d’activité ?

Pour conclure, je vous invite à parcourir le site de l’IRSN, où il est clairement mis en évidence que les REP (Réacteurs à Eau sous Pression, solution technique utilisée en France et en Belgique notamment) ont des points faibles découverts après Tchernobyl, notamment les scénarios d’endommagements du coeur, qui ne sont pas prédits avec exactitude ou mal connus (voir ici) et font toujours l’objet de recherche, 20 ans après, et celui d’une diminution de la concentration en bore de l’eau du circuit primaire (dite « bouchon d’eau claire »).

Je précise que ce dernier phénomène s’est produit deux fois en France, à la centrale du Blayais, sans conséquence catastrophique. Voir ici pour le récit alarmiste, ici pour celui de 2004 (pas de trace pour celui de 1989) pour la confirmation des incidents relatés.

Enfin, si vous faîtes encore confiance à Internet …
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Publié dans Réflexion

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