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  • : Prise de parole écrite sur des sujets tant personnels que d'intérêt plus large. Je l'aurais plus volontiers classer sous la rubrique "Pensées" ... mais peut pas. Voir le premier article (Cékikéla) pour plus de détails.
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Vendredi 28 mars 2008

Gros pari : réussir à être crédible tout en employant une forme très maniérée, qui sonne un peu exercice de style.

Dogme : pas de couleurs, peu d'actions mais beaucoup de dialogues, décors de no man's land, de périphérie (urbaine, routière) glauque.


Sujet : faire des casses ou des grosses crasses.

Pari assez réussi, mais pas complètement à mon sens. Le film est très divertissant, et Benchetrit montre un goût assez sûr du comique. Les scènes sont vraiment croustillantes pour la plupart (le kidnapping, le face à face des deux chanteurs, la bande des 5). On sent l'influence théatrale, beaucoup de plans longs et statiques, axage sur les dialogues, sur l'histoire, rebondissements : si vous aimez le théâtre, vous aimerez le film.

Non, c'est pas mal, mais il y a quelques absences, quelques creux : Edouard Baer un peu trop "complètement loser", Bashung qui joue pas très bien, une séquence film muet pas aussi drôle qu'elle veut l'être. Et puis Anna Mouglalis, elle est bien mais je ne sais pas j'aurais vu quelqu'un un poil plus destroy, genre Béatrice Dalle. Ou Charlotte Gainsbourg : ça aurait fait un joli parallèle avec Je t'aime moi non plus, la fille de Birkin au comptoir dans une cafet' pourrie, mais sans les homos, le salaud de proprio, l'histoire de cul.

So : pas le film de l'année mais un film de cinéma bien maîtrisé, bien théatralisé. Trop peut-être ...

par ArbreBlanc publié dans : Cinéma
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Dimanche 27 janvier 2008

Reconnaissons-le : le dernier film de Sean Penn est un bon moment de cinéma. Il nous emmène, sans temps mort, dans la nature la plus sauvage, dans la suite du héros. Il propose une narration construite à 3 niveaux : l'histoire courante du héros, un flash back sur son parcours en parallèle, et la voix off de la soeur du héros qui ponctue le récit. Il prévoit quelques moments de sensation forte (dépeçage d'un caribou, passage d'un ours, franchissement de rapides, bastonnage dans un train de marchandises ...). Les paysages et les scènes naturalistes, qui incluent toujours le héros de l'histoire, sont très présents.

Et l'histoire, alors ? Et bien, un récit sur une expérience individualiste, isolationniste, de solitude, d'ermitage dans la nature sauvage. Qui a ses racines dans le rejet du mensonge et de l'hypocrisie d'une famille et d'une société, mais également dans un certain isolement théorique (dans des bouquins), et qui se termine on ne peut plus mal. Qui souligne également l'aveuglement du héros, qui ne voit pas, ne prend pas la main qu'on lui tend sur son passage, ne saisit pas les messages ou les opportunités qu'ils adressent (l'amour de l'autre, la difficulté des relations parentales) et ne pense qu'à une chose : l'isolement en Alaska.

Mise en scène volontaire, l'approche des paysages ou du contexte naturel ne se dirige pas vers ceux-là même : le sujet n'est pas la nature (ses beautés et ses dangers), mais bien la trajectoire singulière du héros, Alex Supertramp, dans cette nature qui est un cadre. Les amateurs de splendeurs ne s'y retrouveront que peu, car la manière de filmer, bougé - caméra sur l'épaule et plan coupé, un peu haché, empêche de saisir la nature, et se préoccupe davantage d'exprimer la trajectoire du personnage principale et sa hargne, on peut presque dire sa fuite ou tout du moins sa quête.

Ce film s'inspire d'une expérience réelle. Et c'est peut-être précisément dans cela qu'il peut paraître brider : histoire à raconter + merveilleux décors naturels = Sean Penn s'épargne un vrai travail de réflexion.

Certes, le film est spirituellement consistant. Il vient souligner les limites de l'individualisme, à traverse un message : la sagesse, le bonheur sont des notions qu'on éprouve en relation avec d'autres personnes ou en collectif, pas seul. Il incarne le mythe du solitaire qui poursuit ses rêves seuls dans la nature, en disqualifiant cette voie. Lorsque la solitude apporte la solution au héros, il est trop tard :  il ne peut plus faire demi-tour : et puis il s'empoisonne, et meurt. Seul il n'est donc pas possible de s'en sortir, c'est physiquement dangereux et si l'introspection vaut, elle ne doit pas gâcher les messages que d'autres, rencontrés sur le chemin, vous adressent.

Mais on s'arrêtera là. Le film n'aborde pas les possibles solutions, leurs subtilités bien plus grande que celle d'un isolement (vie en groupe, filiation, amour, partage, sociétal, etc), et se borne au constat de l'échec. La réflexion qu'appelle le scénario a donc lieu en dehors du film. Et c'est un peu dommage.

Le film présente également un trait restrictif : le héros, au fond, ressemble physiquement au Christ, à la fin en particulier, et les références à la religion chrétienne sont marquées. Heureusement qu'à côté de l'endroit où il a élu domicile il n'y a pas une croix prête à l'accueillir, sinon, on y avait droit ... Plus largement, l'évocation idéologique qu'utilise le film est uniquement chrétienne. Le film laisse transparaître une tentation : celle de Jesus Supertramp marchant sur les eaux. C'est bien évidemment pesant, la seule idéologie de l'amour qui est présentée étant celle du Christ. Et idéologiquement orienté : il existe objectivement d'autres idéologies où l'amour a sa place : le bouddhisme, l'hindouisme par exemple. Et puis il y tout ce qu'on peut trouver dans le mouvement hippie, dont des représentants contemporains sont mis en scène, toutes ces voies concrètes qu'il serait intéressant de développer.

Le film démarque donc, sans élargir, mais plutôt en cantonnant, une question ou un fait manifeste : sur le territoire de l'amour, la proposition païenne est transparente et la place est libre pour les religions ...Deuxième thème épinglé avec justesse par le film , et celui-ci non traité religieusement, c'est celui de la vérité : que ce serait bien plus simple si la vérité existait, ou bien était au moins accessible ! .

le film de Sean Penn est donc une bonne expérience, mais un peu limitative et surement pas naturaliste. Mon sentiment est donc mitigé : voir le film apporte quelque chose, mais on aimerait qu'il suive un cours plus dense, et plus ouvert.

par ArbreBlanc publié dans : Cinéma
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Vendredi 8 juin 2007
Brialy s’en va, et c’est triste. Avec sa disparition ce sont des émotions et des passions qu’il a su transmettre, poser sur la scène, qui se figent, se dessèchent, se fanent, se glacent, et ça fait mal, mal de voir l’amour mourir en quelque sorte.

J’ai regardé hier « Le Genou de Claire », diffusé par Arté, et j’ai cru y discerné cette douleur sentimentale, mais je n’ai pas pu aller jusqu’au bout, harassé par la débilité du boulot, anxieux de la comédie du professionnalisme qu’il faut jouer, fâché de cette fausseté, de ces fausses pistes, de ces leurres qu’on nous fait tous prendre, perturbé et dénué de la sérénité, du calme, de la joie qu’il faut pour rencontrer les sujets si délicats, aériens que propose Rohmer.

Et puis ces petites échappées de la caméra vers les montagnes du lac d’Annecy, cet écho personnel au lac Majeur.

Existe-t-il, ce moment de coupure où l’on peut cesser d’être rongé, tordu, bafoué, rabaissé par un système dont le fonctionnement est, presqu’à dessein, anxiogène. La lutte pour la survie (économique), le combat pour la nourriture (le chiffre d’affaire) …

Je ne peux pas, en ce moment, trouver un instant sans être inquiet de ce système qui nous envoie dans le mur. Je suis presqu’horrifié de la tournure qu’il prend. Je vois la machine à brider le bonheur, et à cracher du malheur, qui tourne de plus en plus vite et presse de plus en plus.

Jean-Claude, comment accéder à cet instant de repos que tu nous proposes, sans avoir comme seule solution de se foutre de tout ou de baigner dans un optimisme béat ?
par ArbreBlanc publié dans : Cinéma
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Vendredi 9 février 2007
Vu hier Mystic river, réalisé par Clint Eastwood. Deux histoires sordides qui s’enchevêtrent, autour de trois hommes (Dave, Sean et Jimmy). L’une, passée, sur l’enlèvement, la séquestration et l’agression sexuelle sur Dave, traumatisé par cet événement, qui a été vécue par les deux autres qui jouaient alors avec lui dans la rue lorsqu’est venue la voiture dans laquelle deux faux flics l’ont fait monter. L’autre, présente, sur le meurtre de la fille de Jimmy, sur laquelle enquête Sean, devenu inspecteur policier, et intervient Dave, qui est marié à la cousine de la femme de Jimmy.

Tandis que Jimmy interroge Dave, suspecté à cause d’une blessure à la main et parce qu’il a été l’un des derniers à voir la fille disparue, le force à un faux aveu, le tue à la fin du film, puis jette son corps dans la rivière Mystic, Sean procède à l’arrestation des véritables auteurs. Sean, venu annoncer la nouvelle à Jimmy, comprend que celui-ci s’est fait justice lui-même sur la personne de Dave. Et tandis que Jimmy annonce à sa femme son erreur, celle-ci passe outre, ne voulant retenir de lui qu’il a du cœur pour elle et toute sa famille, et que cela ne doit pas cesser. Et le film de nous laisser là, avec Sean qui fait mine, avec sa main, de flinguer Sean puis se détourne.

Ce film appelle deux réactions, une double révolte. La première, légitime, est la révolte face à l’injustice de l’acte impuni, et à la condamnation de toute tentative de se faire justice soi-même, ou d’utiliser une quelconque loi du talion en retour.

Le film adopte, pour parvenir à cette réaction, la mise en scène du « mal », du monstrueux, pour parvenir à ses fins. D’où la seconde révolte : ce genre de procédé est courant dans le cinéma, qu’il soit américain ou non d’ailleurs, il consiste à stigmatiser un point de vue pour en éclairer un autre. Ce faisant, il prend le risque, considérable à mes yeux, des effets secondaires de la fascination et du dédoublement de la personne. Faut-il nous montrer un crime pour nous « révéler » notre refus des crimes ? Faut-il prendre le risque de révéler autre chose qu'un refus ? Faut-il laisser croire qu’en chaque personne qui suit une certaine moralité se trouve une autre personne cachée, sombre, monstrueuse, que nous sommes tous des Dr Jekyll et Mr Hide ? Et que la parole compterait peu au regard des sentiments, des impressions, des regards ?

Cette forme de procédé est-elle au moins cataloguée en matière de psychologie ? C’est la question que je me pose, pour essayer de savoir si nous sommes en face d’une manière de faire qui aurait malgré tout un fond de raison …
par L'Arrosoir publié dans : Cinéma
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