Voici que sur l’écran multicolore Internetisé est tombé un document contenant 100 propositions, intitulé « Le pacte présidentiel » (disponible
ici pour ceux qui souhaite cueillir la chose). Un peu comme un chamois qui aurait trouvé un pot de confiture, j’ai
mis un peu de temps à trouver le côté par lequel le prendre. Car à le lire par le menu, puis à tenter de le mettre en perspective, je me suis vite aperçu qu’il manquait quelque chose pour que la
démarche soit plus objective. Cet exercice peut tourner à la consommation de propagande, et j’ai retrouvé un stigmate que j’avais exposé il y a quelques semaines dans
cet article : la sensation de gober des réponses dictées dans un cadre de pensée qu’il faut s’approprier pour pouvoir
saisir le message.
Je vous expose donc la démarche que j'ai décidé d'utiliser pour se faire une idée parmi la myriade d’idées, de propositions, de projets exprimée par les uns et les autres, sans avoir le tournis de
la girouette et sans céder aux charmes de la forme, à la posture, à l'image pure.
L’idée, c’est de lire une proposition en regard d’un besoin. Après tout, un projet doit répondre à des attentes, des nécessités, des objectifs. J’ai donc commencé par définir ces besoins, de
manière à juger chaque programme, tant du point de vue de sa prise de conscience des problèmes qui me viennent à l’esprit, que du point de vue de ceux que je n’avais pas à l’esprit, et des
solutions concrètes, gages de réussites, qu’il prévoit.
Je raisonne par cercle de nécessité, du plus nécessaire au plus accessoire, de manière à pouvoir juger des priorités de chaque discours. Je tente également de m’éclairer en évoquant certaines
manières de faire plutôt que d’autre.
Cercle 1 : Lutte contre l’exclusion sociale
Un vocable qui a marqué les esprits en 1995, retourné à l’anonymat du langage, mais qui à mon sens est LA priorité. Cette lutte doit, à mon sens, répondre à trois problèmes.
Le premier problème d’exclusion, c’est celui des
sans logis, qui sont dans une situation sanitaire, morale, sociale inacceptable. Ils sont environ 86 500 en
France. Pour ceux-ci, il faut permettre de gérer l’urgence, éviter le pire, bref, avoir une présence humanitaire pour eux, et tenter de les sortir de ces marécages, en les aidant, en les suivant,
en les réinsérant.
Le second problème d’exclusion, moins aigu pour les personnes que le premier, mais quantitativement beaucoup plus important, et porteur de rébellion sociale, c’est l’
exclusion dans les banlieues. Les 40% de jeunes au chômage dans ces quartiers, leur isolement dans des ghettos, créé une situation explosive, qui a déjà explosé une
fois, et qu’il faut résoudre par des moyens d’actions qui doivent prendre en compte : la prise en charge des exclus, non pas par des escadrons de police mais par des escadrons de travailleurs
sociaux, leur insertion sociale, en les formant et leur trouvant un emploi, et probablement leur réinsertion républicaine. Pour ceux qui seraient tentés, dans ces quartiers, de glisser vers cette
désespérance, et qui sont aujourd’hui scolarisés, il faut à tout prix que l’éducation et la formation qui leur est délivrée soit meilleure qu’aujourd’hui. Enfin, globalement, l’image des quartiers
doit être améliorée, et je pense que le concours de ceux qui en sont issu et qui se sont insérés est crucial.
Le troisième problème d’exclusion concerne les
immigrés sans papier, qui, lorsqu’ils sont insérés, ou lorsqu’ils fuient les traitements contraires aux Droits
de l’Homme, ou lorsqu’ils sont en harmonie avec nos valeurs, doivent être accueillis à bras ouvert, et quelque soit leur cas, accueillis dignement et pris en charge rapidement.
Cercle 2 : Lutte contre la pauvreté
Ceci concerne des profils variés de personnes : actifs, chômeurs, étudiants, retraités, handicapés. C’est dans ce cercle qu’on trouve le potentiel d’exclu, car leurs ressources sont faibles. Ce
cercle se caractérise par la difficulté à répondre à des besoins primaires tels que se soigner, se loger, se chauffer, se nourrir, se distraire un peu. Bien sûr, la solution de fond, pour les
actifs, les chômeurs et les handicapés, c’est toujours de pouvoir prendre l’ascenseur social : trouver un job tout court ou un job mieux payé. Sans cette solution, c’est le désespoir, la déprime,
l’abnégation qui s’installe. Mais cet ascenseur étant capricieux, il faut trouver des palliatifs aux situations d’urgence. Dans ce domaine, la priorité, c’est la santé, qui doit être prise en
charge par l’assurance sociale pour être accessibles à toutes les populations menacées dans ce cercle. Ensuite, c’est, pour les actifs, chômeurs, retraités et handicapés, le logement social ou
l’aide au logement, en fonction des besoins. Pour les retraités, il faut également traiter le problème des petites retraites, et trouver le bon seuil auquel doit se situer le minimum retraite, qui
est aujourd’hui à 503 euros par mois. Je trouve ce chiffre choquant. Pour les étudiants, dont certains s’endettent pour pouvoir se payer leurs études, il est nécessaire d’accroître l’offre de
service public pour eux, en termes de logement, et peut-être de revoir le système des bourses.
Cercle 3 : Renouvellement démocratique et égalité des chances
Le renouvellement de la démocratie représentative est urgent, et l’introduction de dispositifs participatifs ne doit masquer cette urgence. J’appelle de mes vœux, en priorité, une VIème république,
où le président de la République ne serait plus élu au suffrage universel, perdrait ses prérogatives de chef de l’exécutif et de chef des armées au profit d’un premier ministre désigné par un
parlement renouvelé, dont les députés seraient élus à la proportionnelle pour les 2/3, tout les 5 ans, en alternance avec une désignation de 10 représentants par région, à la majorité simple par
les assemblées régionales (elles-mêmes déjà élues à la proportionnelle) par exemple. Le Sénat serait dissout. Des organes de consultation et de débat avec les citoyens, à l’échelle des départements
ou des villes, seraient créés.
Dans le domaine de l’égalité des chances, la république et l’Etat doivent imaginer des moyens d’action pour mettre concrètement en œuvre cette égalité, qui est présente en droit, que ce soit par de
la discrimination positive, par le respect des différences, la promotion des valeurs communes, par la vigilance vis-à-vis des tendances de repli des communautés sur elles-mêmes.
Cercle 4 : Lutte pour une société écologique
La lutte pour une société écologique, qui soit la plus respectueuse possible de l’environnement, doit urgemment traiter le problème du réchauffement climatique, réduire les émissions de gaz à effet
de serre, diminuer le recours aux énergies renouvelables productrices de CO2 (pétrole, gaz, charbon), et prendre en compte le problème liés aux déchets de toute sorte que nous générons, fussent-ils
du plastique ou du plutonium. Dans ce domaine, il est impératif, pour prétendre agir, de doter l’Etat d’un organe dédié à cette question, qui devra étudier les perspectives, les scénarios
envisageables pour réduire tout ces problèmes. Il est également indispensable de porter cette question dans une instance internationale. Il n’est pas certains que nous ne devions pas réduire notre
consommation d’énergie de beaucoup, réduire nos déplacements, voire même réduire la croissance, ou organiser la décroissance, des activités économiques qui compromettent tout ces objectifs.
Cercle 5 : les autres … ils sont nombreux !
Après, je ne trouve plus opportun de hiérarchiser, car les problématiques ont des priorités voisines, qui sont assez couplés entre eux, à mon goût. Je parle donc de … secteur (qui a dit camembert
?). La liste ici n’est pas limitative et peut évoluer avec le temps. Je ne parle pas par exemple de sécurité (on en a déjà une forte dose, pas la peine d’en rajouter),
Secteur Santé publique
Dans ce domaine, il faut maintenir, sans relâche, un haut niveau de qualité des soins pour tous. Il est inenvisageable de voir des soins conditionnés à des ressources. Il faut également poursuivre
la lutte contre les maladies graves, et se battre pour éviter de voir se transformer les souffrances, les faiblesses, les maladies des uns en profit des autres.
Secteur « Vivre ensemble dans l’ascenseur social ».
Cet ascenseur, cela fait plus de 30 ans qu’il ne satisfait pas toutes les demandes. Il doit permettre d’augmenter les revenus net (hors inflation) des personnes, avec un équilibre entre indexation
(salaire minimum) et négociation, leur fournir des revenus du travail, et la possibilité de la mobilité professionnelle. J’oserai également dire qu’il doit permettre de monter en harmonie avec ses
voisins, et que les facteurs d’antagonisme social doivent être jugulés. La lutte contre le chômage est une des priorités de ce cercle, mais, plus largement, comme déjà exposé dans un article passé,
c’est aussi l’économie qui doit ici être discutée de manière à plus justement redistribuer la valeur ajoutée aux salariés, valoriser l’emploi. En tout cas, il faut lutter contre le chacun pour soi,
la dérégulation, la loi sauvage du marché, et agir, pas simplement limiter les dégâts, pour structurellement aller vers une économie plus collective. Concernant une éventuelle stratégie de
croissance, ce point est à discuter avec précaution, en raison du cercle « Lutte pour une société écologique ». Dans ce cercle, il ne faut pas oublier le rôle de la Justice dans le vivre ensemble,
qui doit être dotée des moyens de son fonctionnement et de son humanité (amélioration des conditions d’incarcération) pour arrondir les angles des conflits et les sociabiliser. Enfin ce cercle doit
absolument bénéficier d’un système de formation plus efficace, et je pense qu’il faut arriver à dissocier, dans l’enseignement, ce qui est de l’ordre de l’éducation et ce qui est de l’ordre de la
formation. Oui, le rôle de l’école c’est d’éduquer, mais aussi de FORMER.
Secteur « Nous faisons partie de l’Europe »
Il est essentiel de prévoir un RENFORCEMENT de la construction Européenne, au travers d’une REORIENTATION de l’Europe pour en faire une puissance publique dotée de prérogatives sociales et de
rouages plus démocratiques. Les réponses nationales à des problèmes internationaux sont et seront de plus en plus inappropriées, et le politique de plus en plus mal à l’aise et en crise sur ces
bases. Seule l’Europe peut, à long terme, nous permettre de sauvegarder le principe d’une intervention publique en nous protégeant de la globalisation. L’ouverture vers l’Europe doit s’amplifier,
par exemple sous forme de bourses d’apprentissage des langues, comme cela est fait en Belgique, ou une mise en place à plus grande échelle des écoles européennes. En matière de démocratie, les
représentations nationales et européennes devraient émaner des mêmes élections. En clair, la désignation du parlement national et du parlement européen doivent fusionner, et le calendrier des
élections en Europe doit être harmonisé. La Commission doit devenir, à mon sens, à terme, un Etat, une puissance publique dont l’objectif ne serait plus uniquement la mise en œuvre d’un marché
unique ou de politiques régulatrices, mais de gouverner, de concert avec les nations, l’Union Européenne. L’Europe sociale est à construire, et pourrait prendre la forme d’un salaire minimum
européen et la mise en œuvre d’une protection sociale de base (emploi, maladie / accident du travail, exclusion, retraite) par l’Europe, complétée par chaque pays suivant ses désidérata. Enfin, il
faut mettre en place une constitution apolitique, dans laquelle aucun principe de teinte libéral, marxiste ou étatiste n’est mentionné.
Secteur Réforme de l’Etat
Je souhaite qu’on sorte de l’Etat qui résout tout, tout seul, par le haut. L’Etat doit développer l’appui sur d’autres corps, et en particulier le corps associatif et celui des travailleurs
sociaux. Je pense de plus en plus que l’Etat doit s’entourer de partenaires (publics ou privés) pour mener à bien son action, et qu’il ne doit pas nécessairement être à la fois le prescripteur et
l’exécuteur. L’Etat doit apprendre à déléguer pour tout les sujets où cette « sous-traitance » ne compromet pas l’exécution des objectifs ni l’optimisation de la dépense. Il doit maintenir sa
présence dans deux domaines clés : il doit rester le détenteur des moyens financiers de sa politique, et il doit en être le prescripteur et assurer un contrôle sans faille ni compromission.
Secteur Solidarité sociale
Le principe d’une solidarité budgétairement équilibrée, financée par toute la population, maintenant les assurances et l’assistance sociales existantes (exclusion, emploi, handicap, santé, famille,
retraite, vieillesse) sur le principe de la répartition, quitte à niveler les prestations, ne venant pas ajouter à la financiarisation de l’économie mondiale par les fonds de pension (aux côtés des
pétrodollars), doit être défendu. La problématique du vieillissement de la population doit être abordée pour en dégager les conséquences et réfléchir à son impact sur le long terme. Là aussi, il
faut se battre pour éviter de voir se transformer la vieillesse des uns en profit des autres
Secteur Arts et Cultures
L’exercice des activités artistiques ou culturelles doit être encouragé sans relâche, et les obstacles à leur développement, comme la diffusion des œuvres numériques, doivent être traités.
Bon, tout ceci est amené à être modifié, à évoluer, à s’enrichir au contact des propositions (qui pointeront du doigt d’autres problèmes), à rendre plus concrets certains besoins de manière à mieux
définir les problèmes rencontrés dans certains cercles ou secteurs. Il faudrait également trouver la place des valeurs dans cette grille de lecture. J’espère cependant m’en sortir en ayant trouvé
une méthode, un référentiel pour juger de chaque projet !
Et vous, comment faîtes-vous ?
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