Promenons-nous à Bali, tout le monde ([finit par] ou [a le]) sourire !
Bali vu du journal Le Monde
Sur Bali, notons déjà les relations et la gradation qui est effectuée par le journal Le Monde :
Le Monde, 15/12/2007 : "La conférence de Bali permet in extremis de dégager un accord" : on sent la déceptionLe constat relaté était résumé dans cette phrase :
"Le texte élude les références chiffrées aux émissions polluantes et à la nécessité de les réduire, auxquelles s'opposaient les Etats-Unis. L'Union européenne a pour sa part renoncé à ses objections sur la formulation d'un texte concernant le rôle des pays émergents dans la lutte contre le réchauffement climatique. L'UE s'est rangée derrière la proposition de l'Inde et du G77 qui demande aux pays riches de renforcer leur rôle en fournissant des technologies propres et du financement afin d'aider les pays en développement à combattre le réchauffement climatique."
Plutôt morose : plus de référence chiffrées, plus de GIEC, et des concessions de l'UE aux Etats-Unis et aux pays émergents.
Le Monde, 16/12/2007 : "Accord minimal à Bali sur le climat et l'après-Kyoto" = quelques lointaines lueurs positivesLe 16, le lendemain donc, ça n'est guère mieux, mais des aspects positifs commencent à sortir : "L'Union européenne (UE) a accepté que ne figure pas explicitement l'objectif de réduction de 25% à 40% des émissions de gaz à effet de serre d'ici à 2020 par les pays industrialisés. Cependant, les parties reconnaissent que « des réductions sévères des émissions mondiales devront être conduites » et soulignent « l'urgence » de lutter contre le changement climatique, renvoyant par une note en bas de page au rapport du Groupe intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), que l'UE désirait voir mentionner.
C'est un peu plus balancé, et les travaux du GIEC refont surface, même s'ils se trouvent au fin fond d'un bas de page ... On s'accroche, on s'accroche ...
Le Monde, 16/12/2007 : "La conférence sur le climat s'achève par un pénible accord" = l'espoir revient dans le paysageCet article détaille les différents blocages, et notamment explique très bien (et bien mieux que les 2 articles précédents) que l'UE a lâché du lest pour sauver la conférence, au prix de deux concessions :
- L'une aux Etats-Unis (retrait des objectifs chiffrés et pas de mention aux travaux du GIEC)
- L'autre aux pays émergents, qui, en réaction à l'attitude des Etats-Unis, ont eux-aussi demandé et obtenu que la date de 2050 ne soit pas contraignante pour eux, et de plus ont exigé des transferts de technologie en contrepartie d'une mesure et d'une quantification de leur effort de lutte contre le réchauffement.
Par ailleurs apparait l'esprit positif, qui précise que tous ces reculs ne sont pas si graves : car la conférence a en fait rempli son objectif, qui était "d"élaborer un plan de travail précis et fixer une date de conclusion : 2009. « C'est une percée, a commenté Stavros Dimas, le commissaire européen à l'environnement. Nous avons un agenda, nous allons définir les fondations du futur accord, nous avons un sentier bien tracé. »"
Bali vu des organes de la conférence : un véritable succès
Si l'on se fit à la
déclaration finale du président de la conférence, c'est un plein succès car la conférence débouche sur une feuille de route vers un climat futur stable et sûr. Cette feuille de route contiendrait des décisions à prendre à l'avenir déterminant le chemin menant à ce climat.
Le
Communiqué de presse final est également relativement dithyrambique :
"Les 187 pays présents à Bali samedi ont décidé de lancer les négociations d’un accord international crucial et ferme sur les changements climatiques.
Cette décision est assortie d’un énoncé clair des grands sujets qui seront débattus jusqu’en 2009 : action requise en faveur de l’adaptation aux effets négatifs de l’évolution du climat, telles la sécheresse et les crues, moyens de réduire les émissions de gaz à effet de serre et de favoriser un large emploi des technologies non dommageables pour le climat, modalités de financement des mesures d’adaptation et d’atténuation."
On peut déjà noter un premier point un peu préoccupant dans ce communiqué : il est en effet considéré que "le piégeage et le stockage du carbone [est] un moyen viable et propre de continuer à recourir aux combustibles fossiles.". Or aujourd'hui les études n'en sont qu'à leur début, et on est très loin de pouvoir considérer l'utilisation à grande échelle comme possible. En filigrames apparaît une position plutôt préoccupante, fréquemment mise en avant par les Etats-Unis : l'évolution vers des comportements naturellement moins impactant pour le climat ne constitue pas la seule piste à privilégier, il faut aussi considérer l'utilisation de technologies pour supprimer les effets négatifs induits par d'autres technologies. Première déception : il ne s'agit pas de revenir à une économie intrinséquement plus respectueuse de l'environnement, mais d'en gommer les effets négatifs.
Pour le reste, la feuille de route de Bali est donc le sésame pour la fin du réchauffement climatique. Alors, que dit-elle cette fameuse
feuille de route ?
Feuille de route ou sortie de route ?
Les éléments chiffrés sont-ils préservés ? NONLe principe de la quantification des objectifs d'émission et de la mesure des quantités effectivement émises, utilisée dans le protocole de Kyoto, est remise en cause dans la feuille de route, car le principe de quantifier et de mesure rétrograde au rang de la piste possible, et non plus de l'outil indispensable. Par ailleurs, aucun objectif de date à laquelle les émissions devront avoir diminuées n'est mentionné.
Il est fait mention des travaux du GIEC (qui n'est pas simplement renvoyé en bas de page). La formulation est "[les participants de la conférence] reconnaissent qu'une profonde réduction des émissions globales sera nécessaire pour atteindre les objectifs, et qu'il est urgent de traiter ce problème".
Que devient le protocole de Kyoto ? EFFACÉKyoto semble effacer par la feuille de route, qui le mentionne que comme une expérience passée à prendre en compte. La référence de la feuille de route, c'est la convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, signées en 1994. Or le protocole de Kyoto venait préciser et rendre plus contraignant la convention. Le mentionner uniquement comme une expérience du passé a une signification directe : on oublie Kyoto, et on repart de zéro. Cela semble un premier message de cette feuille de route.
Que deviennent les conclusions scientifiques du GIEC ? BALBUTIÉESL'absence de mention à des résultats scientifiques, en particulier ceux du GIEC, est également préoccupante, et apparaît comme un recul par rapport à la convention, qui elle prévoyait un organe subsidiaire de conseil scientifique et technologique, "chargé de fournir en temps opportun à la Conférence des Parties et, le cas échéant, à ses autres organes subsidiaires des renseignements et des avis sur les aspects scientifiques et technologiques de la Convention.", et relayant les travaux du GIEC, par ailleurs émanant également des Nations Unies, au sein de la conférence.
Quelles sont les moyens techniques concrets de limitation des émissions mentionnés ? UN SEUL : EVITER LA DEFORESTATIONLe seul moyen technique concret mentionné, page 1, est la lutte contre la déforestation. Les autres causes d'émission de gaz à effet de serre ne sont même pas mentionnées.
Des décisions sur les moyens et les actions à mettre en oeuvre ont-elles été prises ? NON
Beaucoup d'actions et de dispositifs sont mentionnés, mais presque comme à titre d'exemple possible, qui doivent être pris en considération dans le processus. Les différentes chapitres des moyens évoqués sont les suivants :
- Réduction des changements du climat (c'est dans cette partie qu'est mentionné, comme une piste possible, la réduction des émissions),
- Le renforcement des actions d'adaptation :
- Coopération internationale pour la mise en oeuvre de plans d'action urgents, pour répondre donc aux catastrophes naturelles,
- Gestion des risques, y compris par le biais ... d'assurances !
- Diversification économique,
- Développement technologique, avec transfert des technologies vers les pays en voie de développement,
- Développement de solutions financières, sans mention du marchés des droits à polluer, prévu et mis en place par Kyoto.
Un calendrier précis a-t-il été arrété ? OUILes travaux issus de la convention doivent reprendre au plus tard en avril 2008. Mais ce ne sera pas une nouvelle conférence, mais un groupe ad-hoc constitué pour conduire le processus, qui va se réunir, et qui doit proposer une nouvelle convention pour courant 2009 pour adoption par la conférence suivante. Un calendrier dit INDICATIF est ensuite inséré en fin avec les dates prévues de réunion de ce groupe.
Conclusion : Bali semble plus une étape de plus VERS le réchauffement climatique que CONTRE
Le compte-rendu du journal Le Monde du 15/12/2007 me semble le plus fidèle, et de plus il semble que nous assistions à un retour en arrière, avant Kyoto (merci les Etats Unis), hors de toute perspective quantifiée notamment sur les causes du réchauffement (dommage pour tous les travaux du GIEC ...).
Mais par la magie de la communication positive, nous aurons l'impression, même si on sent bien le flou dans lequel nous nous trouvons maintenant, que cette conférence aura été une étape normale sur la voie de la lutte contre le réchauffement climatique.
Ouvrons les yeux : à défaut de lutte contre le réchauffement, nous avons assisté à un spectacle très courant, non seulement entre les nations, mais aussi parfois entre les groupes humains ou les individus : l'aveuglement dans la préservation des intérêts ou des principes particuliers au détriment des intérêts ou principes généraux. Car à côté de la lutte contre le réchauffement, on nous a aussi servi une rivalité entre pays émergents, UE et Etats-Unis.
Deux conceptions sont en réalité déjà en train de s'affronter : la conception normative, point de vue de l'UE qui :
1. base ses conclusions sur des études scientifiques et un groupe de travail,
2. définit des objectifs contraignants, sous la forme de pourcentage de réduction à partager entre les pays de la planète,
3. envisage l'action sous forme proactive, par résolution des causes amenant les problèmes climatiques,
et la conception probabiliste marché, point de vue des Etats-Unis, qui :
1. font plus confiance à l'incitation (soft law) qu'à la norme,
2. et comptent sur le marché pour ancrer ces principes dans le réel, via leur financiarisation,
3. et mesurerons l'état du réchauffement avec un gros thermomètre plongé dans l'océan, en envisageant l'action sous forme réactive.
A ce stade des constats sur le réchauffement climatique, cela donne vraiment envie d'une autre humanité.
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