Grâce au commentaire de lepassant (Cf note précédent), j’ai pu enrichir ma réflexion sur le sujet non seulement du contenu de sa réponse mais aussi du contenu de son blog, que j’ai lu complètement et que je trouve fort intéressant. Je vous en conseille chaudement la lecture si vous ne connaissez pas la théorie de la médiation. Je ne me lancerai pas dans un résumé, qui est une affaire de spécialiste, mais simplement je dirais que cette théorie permet de créer un pont entre rapport social, conflits et comportement économique, et de mieux faire la part entre ce qui est du ressort social dans l’économie et ce qui ne l’est pas.
Par extension, sur le terrain socio-économique, de nombreuses réflexions sont en cours et des alternatives tentent de se développer. Nous avons tous entendu parler d’alter mondialisme, d’antilibéralisme, de communisme. Au-delà de Bernard Maris, que je citais dans l’article précédent, il existe bien d’autres pistes. Je suis tombé ainsi par hasard sur l’ouvrage « Dictionnaire de l’autre économie » dont l’ambition est d’en présenter une référence.
Sans avoir lu tout cela et le connaître en détail, n’étant pas économiste, je peux néanmoins esquisser un regard sur les flux de richesse d’aujourd’hui.
Au préalable, dressons un portait de nos maux. Il existe plusieurs problèmes différents qui n’appellent pas tous, pris individuellement, la même réponse. Le premier réside dans la pauvreté de certaines personnes de notre société. Ces personnes ne reçoivent pas assez de richesse pour subsister dignement. Parmi celles-ci, certaines travaillent et d’autres sont sans emploi. Le second problème réside dans la menace qui pèse sur la redistribution actuelle des richesses, qui n’est déjà pas suffisante. Les mécanismes de transfert de richesse – ils sont légions : taxes, impôts, charges représentent les prélèvements, subventions, dépense publique, aides représentent le reversement - qui sont assurés par l’Etat, sont menacés car l’Etat n’arrive plus à joindre les deux bouts, entre dépenses qui progressent, ponctions qu’on ne peut porter plus haut au risque de plonger l’économie dans la dépression, et service de la dette à assurer. Au cœur de ce dernier phénomène il y a d’une part un phénomène démographique (vieillissement de la population) et d’autre part une mise en concurrence accrue des entreprises (libéralisation, mondialisation) qui les obligent à être toujours plus performantes pour subsister et remplir les missions des actionnaires.
Première question : la notion d’économie est-elle en cause ? Clairement non. Car l’économie est le système par lequel s’effectuent la production, la distribution et la consommation des biens et des services, qui rend possible la création des richesses et leur acquisition. Cette notion est indispensable si on veut parler de circulation de la richesse.
Deuxième question : la notion de marché est-elle en cause ? Non plus. Le marché est une forme d’échange de richesse. Lorsqu’un consommateur s’appauvrit en achetant sur ce marché, il fournit une richesse supplémentaire à un moyen de production qui le réinjectera sous forme de richesse en payant ses travailleurs, en procédant à des achats sur d’autres marchés et en en donnant une partie à l’actionnaire. La notion même n’est donc pas en cause.
Ce qui est en cause, c’est à mon sens deux choses. La première, c’est l’inégalité de la répartition des richesses, qui a tendance à rémunérer le possesseur du capital, en position de force (propriété) par rapport au travailleur. Divers mécanismes correctifs sont d’ailleurs en place pour contrebalancer cette tendance : intéressement, impôts sur les bénéfices. J’y reviendrai un peu plus loin.
La seconde c’est la géographie du transfert de richesse, qui s’effectue depuis le consommateur vers le travailleur, le possesseur du capital et d’autres marchés. Dans notre contexte d’aujourd’hui, ces transferts sont de plus en plus internationaux et échappent de plus en plus aux nations et à leurs mécanismes de redistribution domestiques.
Troisième question : l’Etat est-il en cause ? Non, car sans Etat il n’y a pas de redistribution contrôlée et donc équitable au profit de ceux qui en ont besoin. Fonctionne-t-il correctement ? Aujourd’hui en France l’Etat pompe plus de 50% de la richesse nationale, et force est de constater qu’il ne réemploie pas suffisamment ces moyens pour réduire les inégalités. Je sais qu’il n’a pas que ce chat-là à fouetter, entre services publics, service de la dette et services administratifs. Peut-être faudrait-il placer les priorités différemment, et renouveler, tout en le formalisant, le contrat qui lie l’Etat au citoyen. Un contrat non pas coercitif, mais plus responsabilisant, et tordant le cou à l’absence de contrepartie à l’aide.
Là aussi la disparité géographique est facteur de déséquilibre. Un Etat libéral ponctionnera moins son économie, qui sera en meilleure santé financière, qui pourra être donc plus performante et plus attrayante pour l’actionnaire, et menacera une économie plus ponctionnée. Cela s’appelle également le dumping social. La mondialisation, là encore, met de plus en plus les Etats en concurrence.
Quatrième question : les politiques monétaires sont-elles en cause ? Les monnaies, plus précisément leur taux respectifs, sont des phénomènes de correction des disparités de richesse, car elles tendent à rééquilibrer les balances extérieures.
Lorsqu’un Etat n’a plus cet outil, il est handicapé. Je pense que c’est notre situation aujourd’hui. La BCE doit être mise au service des échanges internationaux et non pas au service du crédit bon marché.
Cinquième question : la notion de capital est-elle en cause ? Difficile de répondre. Car le capital, surtout son possesseur, est bien celui qui place la performance financière en priorité par rapport à d’autres aspects, comme l’emploi. En cela il incarne un rôle coercitif vis-à-vis du chef d’entreprise. Il oblige l’entreprise à bien se porter. Parfois trop bien. Est-il le seul à pouvoir le faire ? Probablement non. Est-ce le seul moyen de financer une entreprise, de la vendre ? Non plus. Alors ? C’est le système qui incarne le plus l’obligation de performance. Et qui, du coup, tue tout les autres à long terme.
Sixième question : la spéculation financière est-elle en cause ? Oui. Elle aggrave les tendances du court terme (la spéculation s’empare volontiers de la rumeur). Elle a également le pouvoir de perturber les mécanismes autrement dédiés à la régulation (attaques spéculatives). Comment la contrer ? Je ne vois pas.
Voici en tout cas qui m’éclaire un peu plus. J’identifie ainsi quatre causes fondamentales :
- La géographie de la circulation des richesses échappe de plus en plus aux Etats nations. Les accélérateurs en œuvre se nomment libéralisation et mondialisation.
- Les perturbateurs de la redistribution se nomment bien capitalisme et spéculation financière. Ils ne l’empêchent cependant pas.
- L’Etat peut mieux assurer sa mission de redistribution et de dynamisation. Au centre de cette mission on doit trouver un contrat entre l’Etat et le citoyen.
- L’Etat ne dispose plus d’instruments monétaires efficaces.
La première de ces causes me paraît l’emporter, en potentiel de nuisance, sur les autres. Et elle me suggère la conclusion suivante : à moins de revenir en arrière, en revenant sur la globalisation des échanges, qui me paraît difficile, seul un Etat transnational, européen, doté d’une politique sociale et économique coordonnées, tournée vers la redistribution des richesses vers ceux qui en ont besoin – un Etat de gauche donc - peut contrebalancer l’élargissement géographique auquel nous assistons. En gros, les territoires de l’échange s’élargissant l’Etat doit suivre. Aux frontières de cet ensemble, il faut appliquer des mécanismes de correction pour lutter contre le dumping social et mener une politique monétaire régulatrice. De manière marginale, il est possible d’expérimenter des formes de possession du capital qui ne soient pas internationales mais domestiques, et donc créer des possessions par les salariés de l’entreprise elle-même, proportionnellement à leurs salaires par exemple, avec des mécanismes où l’Etat serait le pourvoyeur des capitaux initiaux.
Question subsidiaire: comment combattre le chômage ? J'ai deux pistes. En rémunérant directement les entreprises proportionnellement au nombre d’employés nationaux d’une part, qui est une manière durable de baisser les charges sociales. En encourageant la création d’entreprise d’autre part, car leur lancement peut créer mécaniquement de la richesse, si il a recours à l’emprunt. Si on raisonne globalement, l’évolution des richesses en circulation dépend de trois facteurs : le taux d’épargne, le recours au crédit, l’évolution des changes
Je ne prétends pas que cette analyse soit parfaite. Si vous avez une remarque, n’hésitez pas. Le but est d’essayer de faire « la part des choses » entre emblèmes politiques et véritables solutions. Qu’en pensez-vous ? Voyez-vous une personnalité - genre économiste - qui traite de ces questions aujourd'hui ?
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