La réflexion est intense.
Je n'avais plus envie d'écrire, même si ce ne sont surement pas les sujets qui manquent. C'est une prise de distance.
Voici un dessin.
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L'Arbre Blanc |
| Juin 2012 | ||||||||||
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Reconnaissons-le : le dernier film de Sean Penn est un bon moment de cinéma. Il nous emmène, sans temps mort, dans la nature la plus sauvage, dans la suite du héros. Il propose une narration construite à 3 niveaux : l'histoire courante du héros, un flash back sur son parcours en parallèle, et la voix off de la soeur du héros qui ponctue le récit. Il prévoit quelques moments de sensation forte (dépeçage d'un caribou, passage d'un ours, franchissement de rapides, bastonnage dans un train de marchandises ...). Les paysages et les scènes naturalistes, qui incluent toujours le héros de l'histoire, sont très présents.
Et l'histoire, alors ? Et bien, un récit sur une expérience individualiste, isolationniste, de solitude, d'ermitage dans la nature sauvage. Qui a ses racines dans le rejet du mensonge et de l'hypocrisie d'une famille et d'une société, mais également dans un certain isolement théorique (dans des bouquins), et qui se termine on ne peut plus mal. Qui souligne également l'aveuglement du héros, qui ne voit pas, ne prend pas la main qu'on lui tend sur son passage, ne saisit pas les messages ou les opportunités qu'ils adressent (l'amour de l'autre, la difficulté des relations parentales) et ne pense qu'à une chose : l'isolement en Alaska.
Mise en scène volontaire, l'approche des paysages ou du contexte naturel ne se dirige pas vers ceux-là même : le sujet n'est pas la nature (ses beautés et ses dangers), mais bien la trajectoire singulière du héros, Alex Supertramp, dans cette nature qui est un cadre. Les amateurs de splendeurs ne s'y retrouveront que peu, car la manière de filmer, bougé - caméra sur l'épaule et plan coupé, un peu haché, empêche de saisir la nature, et se préoccupe davantage d'exprimer la trajectoire du personnage principale et sa hargne, on peut presque dire sa fuite ou tout du moins sa quête.
Ce film s'inspire d'une expérience réelle. Et c'est peut-être précisément dans cela qu'il peut paraître brider : histoire à raconter + merveilleux décors naturels = Sean Penn s'épargne un vrai travail de réflexion.
Certes, le film est spirituellement consistant. Il vient souligner les limites de l'individualisme, à traverse un message : la sagesse, le bonheur sont des notions qu'on éprouve en relation avec d'autres personnes ou en collectif, pas seul. Il incarne le mythe du solitaire qui poursuit ses rêves seuls dans la nature, en disqualifiant cette voie. Lorsque la solitude apporte la solution au héros, il est trop tard : il ne peut plus faire demi-tour : et puis il s'empoisonne, et meurt. Seul il n'est donc pas possible de s'en sortir, c'est physiquement dangereux et si l'introspection vaut, elle ne doit pas gâcher les messages que d'autres, rencontrés sur le chemin, vous adressent.
Mais on s'arrêtera là. Le film n'aborde pas les possibles solutions, leurs subtilités bien plus grande que celle d'un isolement (vie en groupe, filiation, amour, partage, sociétal, etc), et se borne au constat de l'échec. La réflexion qu'appelle le scénario a donc lieu en dehors du film. Et c'est un peu dommage.
Le film présente également un trait restrictif : le héros, au fond, ressemble physiquement au Christ, à la fin en particulier, et les références à la religion chrétienne sont marquées. Heureusement qu'à côté de l'endroit où il a élu domicile il n'y a pas une croix prête à l'accueillir, sinon, on y avait droit ... Plus largement, l'évocation idéologique qu'utilise le film est uniquement chrétienne. Le film laisse transparaître une tentation : celle de Jesus Supertramp marchant sur les eaux. C'est bien évidemment pesant, la seule idéologie de l'amour qui est présentée étant celle du Christ. Et idéologiquement orienté : il existe objectivement d'autres idéologies où l'amour a sa place : le bouddhisme, l'hindouisme par exemple. Et puis il y tout ce qu'on peut trouver dans le mouvement hippie, dont des représentants contemporains sont mis en scène, toutes ces voies concrètes qu'il serait intéressant de développer.
Le film démarque donc, sans élargir, mais plutôt en cantonnant, une question ou un fait manifeste : sur le territoire de l'amour, la proposition païenne est transparente et la place est libre pour les religions ...Deuxième thème épinglé avec justesse par le film , et celui-ci non traité religieusement, c'est celui de la vérité : que ce serait bien plus simple si la vérité existait, ou bien était au moins accessible ! .
le film de Sean Penn est donc une bonne expérience, mais un peu limitative et surement pas naturaliste. Mon sentiment est donc mitigé : voir le film apporte quelque chose, mais on aimerait qu'il suive un cours plus dense, et plus ouvert.
"Tombeau pour 500 000 soldats", livre à l'épaisseur conséquente divisé en sept chants.
Le récit est placé dans une région imaginaire, désertique, centré autour de deux villes (Ectabane, ville côtière et Inaménas la rivale). Ces amas urbains évoquent fortement les villes des anciennes colonies du Maghreb, mais par d'autres signes se trouvent parfois "colorées" en réminiscence du camp de concentration nazi, ou bien encore en hallucination indochinoise. Certaines populations sont esclaves, et portent un anneau à la lèvre pour les distinguer.
La toile de fond du récit, c'est la guerre. Celle qui oppose les défenseurs des cités et les rebelles. Le flot de personnages est continu, plusieurs se succédant, à tour de rôle, s'emparant parfois de la première personne : rebelles, enfants-esclaves de la cité, soldats.
L'ambiance de ce roman, continuelle, c'est la violence, le désir sexuel, les pulsions de mort, et le sexe, dressant un ciel noir et très lourd, voire horrifiant ou brièvement terriblement fascinant. Prostitution, sévices, adultère, homosexualité (masculine), masturbation exhibitionniste, incestes. Atrocités guerrières. Avidité de sexe des soldats, prenant indistinctement pour objet les hommes ou les femmes, violant sur leur passage. Sévices. Meurtres. La liste est longue, et constitue la matière unique du roman. Pas une seule minute de répit, aucun espace de respiration en dehors de ce ciel pesant (sauf la fin, libératrice mais au goût amer et claustrophobique). Quelques paroxysmes vertigineux et nauséeux : un enfant écrasé par une chenille de char dont le corps reste bloqué dans la chenille et qui doit être retiré par des soldats; une vieille femme qui tue des enfants et les donnent en pâture aux rats, encore agonisant, pour attraper les animaux et les dévorer; une princesse avide de sang humain.
Autre trait distinctif, la corruption permanente des phrases par les fluides corporels : souvent simple accolade ou embrassade au début, les gestes dégénèrent sans cesse et finissent par jaillir (sang, sperme, urine, crachat, lait des femmes, vomis), mouiller, engluer, luire ou coller. Les déboutonnages et les tumescences sont multiples.
Il est également frappant, à la longue, de noter l'absence de sensibilité des personnages, qui sont surtout en acte et très peu en sentiment. Les émotions sont très majoritairement cantonnées l'expression du désir charnel. D'où la sensation de lire une longue litanie d'horreur "sèche", sans dénonciation, sur un ton cruel ou déshumanisé pour le moins, machinal, sans réaction émotive ou sentimentale dans le texte que placerait l'auteur.
Comment peut-on lire un livre pareil jusqu'à son terme ? Pour ce qui me concerne, pour tenter de saisir, par l'effet de répétition, ce que tente d'exprimer l'auteur. Et puis pour guetter (mais bien illusoirement) l'amélioration, je ne parle pas de happy end, le simple changement, la fin du supplice des horreurs.
Sans doute peut-on voir dans cette oeuvre l'allégorie de l'humanité, l'homme semant sans cesse la mort et la violence, pris dans un torrent pulsionnel qui le déborde complètement, en particulier lorsqu'il est en interaction avec d'autres hommes, et la réaction en chaîne permanente que ce flot occasionne.
Mais un tel déchaînement permanent est plus qu'une dénonciation, c'est à une fascination mauvaise que nous convie l'auteur. Est-ce le récit d'une psychopathie ? Perversité polymorphe ? La compréhension du livre ne saurait donc être trouvée uniquement dans la lecture de celui-ci, mais appelle à une explication externe.
La seule que j'ai trouvée pour l'instant, c'est que l'auteur voulait "prendre la matière et la soulever". Le seul point de repère, explicatif, a trait à l'enfer qu'a vécu l'auteur dans son enfance (voir à ce sujet cet article).
Peut-être devrai-je lire "Explications" du même auteur, pour mieux comprendre ses desseins. Dans l'intervalle, Coma m'attend toujours.
A peine l'éblouissement des projecteurs et des paillettes de l'élection présidentielle française passés, et ce fut la campagne pour les élections fédérales en Belgique.
Ces élections désignent le parlement de Belgique, tandis que les élections communales sont l'équivalent des municipales, qu'il y a des élections provinciales (équivalent des régionales) qui élisent les parlements des 3 régions (Wallonne, Flamande, Bruxelles Capitale).
Peu de sujets de fond abordés, mais surtout beaucoup de rivalités politiques entre les partis, notamment entre partis francophones. Sur les rangs, côté francophone :
Plus quelques partis francophones confidentiels (les rattachistes à la France, ultra-minoritaires [environ 1% des suffrages], le Front National, le parti communiste).
Et puis déjà quelques frictions sud (Wallonie) / nord (Flandres), notamment entre le SPA (Parti Socialiste côté flamand) et le PS. Oui, je n'ai pas cité les partis politiques flamands (CDNV/NVA, Groen, Vlams Belang, SPA, VLD), car les partis politiques sont totalement scindés en fonction de la langue. Chacun fait campagne de son côté, sur son territoire, qui coïncide avec les dominantes linguistiques : flamand au nord, français au sud. La seule exception notable est Bruxelles : enclave au milieu de la région flamande, composée à 80% de francophones (+ quelques européens de tous bords ...).
Bon, suite à ces élections le parti remportant le plus de voix est le CDNV, le sosie flamand du CDH, qui est allié avec un petit parti, la NVA, ouvertement nationaliste pro-flandre. Yves Leterme, précédemment président de la région flamande, recueille 800 000 voix sur son nom, il est donc désigné par le roi pour former un gouvernement.
Les tractations commencent pour former une coalition oranges (CDH + CDNV) bleus (MR, VLD). Les négociations d'un accord de gouvernement durent de juin à septembre. C'est l'une des particularités du système belge et une des conséquences d'un système à proportionnelle intégrale : les partis politiques décident exactement de ce qu'ils mèneront comme programme après les élections, en négociant entre eux. Il ne s'agit donc pas du tout d'appliquer les promesses d'un parti, mais de composer avec les partis désignés par les élections.
Ces négociations butent cependant à répétition dès qu'il s'agit d'aborder le sujet de la réforme de l'état, autrement dit du basculement des compétences de l'état fédéral vers les régions. En effet, les flamands ont promis et veulent beaucoup, et cela de longue date. Arguant encore aujourd'hui des brimades subies de la part des francophones du temps où cette langue était devenue la langue des élites dans toute la Belgique, écrasant parfois les dialectes flamands (le flamand n'est pas une langue unique, c'est un ensemble de plusieurs dialectes du néerlandais) sur leur passage, profitant d'une santé économique éclatante, et d'autant plus brillante en comparaison d'une économie Walonne encore marquée par les industries lourdes du 19ème siècle, pointant l'inutilité des efforts financiers consentis par le Nord (riche) pour redresser le Sud (pauvre), au travers d'un plan intitulé plan Marshal, les partis du Nord et avec eux pas mal d'électeurs veulent tout simplement que chaque communauté se débrouille désormais un peu plus .. seule, en particulier financièrement.
Rien de moins étonnant : avec un parti nationaliste flamand dans le jeu, et un parti attaché à l'intérêt des francophones de l'autre - le FDF, en cartel avec le MR, tout est en place pour que l'adrénaline monte à la première discorde. Mais c'est surtout la radicalisation flamande, non seulement de la NVA mais aussi du CDNV, acculé comme beaucoup de partis flamands à une position nationaliste sous peine de disgrace électorale et de montée du Vlams Belang, et l'intransigeance des partis francophones, refusant de lâcher quoi que ce soit sans contrepartie, qui bloquent la machine.
Cette période fut émaillée d'incidents inter-communautaires systématiquement mis au premier plan dans les médias :
Sans compter la crispation francophone initiée par la RTBF avec sa fameuse émission / fiction sur la fin de la Belgique, qui a renforcé la peur chez les francophones et ne leur a donné comme horizon que celle d'une indépendance de la Flandres.
Aussi les principaux partis politiques belges ont-ils pour l'instant opté pour un gouvernement provisoire (il en existait un : celui d'avant !), d'une durée limitée (3 mois), qui n'aura aucune compétence sur la réforme de l'état, pour palier aux urgences sociales et économiques.
Rien n'est donc résolu, la négociation continuant , notamment au sein d'un comité présidé par yves Leterme, et baptisé Octopus (la pieuvre ...), et les réticences demeurant. Le compte à rebours est de toute façon lancé : le 23 mars prochain, Yves Leterme doit succéder au premier ministre sortant.
Ce spectacle, pour un étranger en Belgique comme moi, par ailleurs attaché au dialogue et à l'harmonie entre les communautés, est vraiment déprimant (plus que Sarkozy se baladant à EuroDisney). Il n'y a que les Belges pour s'en moquer, et considérer tout cela comme un psychodrame politique qui débouche tôt ou tard sur une solution. C'est le repli communautaire (présent des deux côtés d'ailleurs, mais tiré par le Nord), le rejet de l'autre par la langue et par l'histoire, bref la fièvre nationaliste.
Cette fièvre a l'air tellement ancrée au Nord que je ne discerne vraiment aucune voie qui n'appauvrirait pas économiquement les francophones, et continuerait d'étrangler Bruxelles, qui étouffe dans ses frontières régionales actuelles, trop étriquées pour lui permettre d'avoir les moyens économiques d'une capitale, notamment par le manque d'impôts :beaucoup de flamands, dont les impôts vont vers la région flamande, où ils habitent, tirent leur revenu du pôle économique bruxellois. Et la Commission européenne est dispensée d'impôts, tant les institutions que ses fonctionnaires.
Est-ce la présence de communautés linguistiques constituées (flamand, francophone) ou leur rivalité qui constitue un poison pour la Belgique ? Que manque-t-il pour que ces deux communautés pratiquent l'échange et l'harmonie au lieu de s'opposer ?
Tirer un trait sur les rivalités et les abus du passé, certainement, pour désamorcer la spirale sans fin de l'opposition et son sous-jacent : la loi du talion. Mais au-delà il faut probablement une attache supra-communautaire, de même qu'une meilleure compréhension respective, au niveau des langues, c'est-à-dire pratiquer un réel bilinguisme, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui.
Rendez-vous en mars pour la suite du feuilleton belge ...
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